America First (2018 – projet toujours en cours) :

America First… (L’Amérique d’abord…) comme un cynique slogan, une déplaisante rengaine, qui, malgré la distance, résonne toujours en moi.

Avril 2018, les préparatifs du voyage achevés, je m’envole pour deux mois à la découverte de l’Ouest américain. Au programme, le parcours touristique habituel: visites des grands parcs nationaux et de ces paysages mythiques, ponctuées de cours séjours au sein des métropoles les plus emblématiques de la côte.

Ma feuille de route, si soigneusement établie, fut pourtant ébranlée à plusieurs reprises par un sentiment omniprésent : celui d’une détresse sociale latente. Pendant plusieurs jours, je n’ai pas pu déclencher mon appareil photo, comme hébété. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour trouver une bonne distance, ne pas me sentir intrusif. Cette pauvreté, visible à tous les coins de rue, n’est pourtant pas l’apanage d’un pays comme les Etats-Unis. Néanmoins, elle résonnait ici avec une telle intensité, que j’ai ressenti cette nécessité d’en conserver des traces pendant mon voyage. C’est une lente progression qui semble s’opèrer pour ces individus. Un déclassement, une errance, qui, dans de nombreux cas, les mène lentement à l’exclusion, voire à une dissolution totale dans l’espace public. Ne subsistent alors que quelques appendices pour nous rappeler leur présence.

Les photographies présentées ci-dessous sont comme une première salve, une première confrontation face à ce constat. Cependant, afin de ne pas tomber dans une sorte de «typologie» de la misère sociale, il m’a semblé pertinent d’y adjoindre d’autres photographies réalisées pendant ce voyage – qui par leur composition ou leur relative vacuité – viennent participer et renforcer ce sentiment de déliquescence de l’American dream.