Inserm 2017, la recherche de l’art #6 – Objet(s) de Recherche / Réitération

Yannick Vernet (responsable des projets numériques de l’ENSP) :

Florian Da Silva questionne les modalités de la recherche scientifique. S’éloignant des appareillages sophistiqués et des machines hautement technologiques qui peuplent les laboratoires, il porte son regard sur les objets du quotidien qui hantent les paillasses : pinces; marqueurs; gommettes; tubes; vernis, etc. Anodins de prime abord, ces derniers permettent pourtant d’extraire, de saisir, d’isoler, de révéler. Ils sont à la base de toute expérience scientifique.

Les images de Florian Da Silva sont des programmes d’actions. Semblant montrer des objets figés dans leur solitude, leur apparente pauvreté, elles donnent surtout à voir ces gestes qui sont, selon l’expression de Michel Guérin, « le voeu d’une parole fantôme ».
D’une part, ils présentent la trace de ce que nous exécutons, d’autre part ils portent en eux la mémoire profonde et archaïque de cette technicité. Ils représentent une schématisation par le corps et attestent, nous dit le philosophe, d’un « vouloir- dire animal » qui nous aide sans doute à dépasser notre propre condition humaine.

 

◊ Objet(s) de Recherche

Protocole « Observation / Restitution » mis en place après la période de résidence :

Lieu : Inserm / CRCL – Lyon

Technique observée : Western Blot (électrophorèse de protéines sur gel). Utilisation pour identifier une protéine dans un échantillon contenant plusieurs protéines.

Mode opératoire simplifié : les protéines d’un échantillon sont séparées par électrophorèse en fonction de leur poids moléculaire. Un anticorps spécifique est ensuite utilisé pour détecter la protéine d’intérêt. Le résultat permet de déterminer le poids moléculaire et la quantité relative de la protéine.

Étapes : préparation et traitement des échantillons protéiques à tester ; préparation du gel de polyacrylamide ; migration et séparation des protéines dans le gel par électrophorèse ; transfert des protéines sur une membrane (nitrocellulose, nylon) ; marquage des protéines et incubation avec l’anticorps primaire ; lavage ; incubation avec anticorps secondaire «fluorescent» ; lavage ; détection sur film photosensible.

Lieu : ENSP – Arles

Technique utilisée pour la restitution : Gomme bichromatée. Méthode photographique pigmentaire dite par «insolubilité» qui produit comme image finale un relief du pigment colloïde.

Mode opératoire simplifié : prises de vue et réalisation d’un contretype. Préparation du support papier et de l’émulsion sensible permettant de réaliser l’image définitive. Réalisation de la gomme bichromatée en chambre noire.

Étapes : réalisation et impression d’un contretype inverse de l’image à obtenir ; mouillage papier ; gélatinage papier ; séchage ; préparation de la gomme arabique ; fabrication de l’émulsion sensible composée de bichromate de potassium + gomme arabique + pigment ; couchage de l’émulsion ; séchage ; exposition à lumière UV du contretype + émulsion sensible ; développement dans de l’eau par dépouillement.

 

Objet(s) de Recherche – Contretype (image négative de l’objet photographié)

 

Objet(s) de Recherche – Gomme bichromatée de la colonne d’azote sur papier Arches Aquarelle 300gr grain fin
Vues exposition : Objets à la gommes bichromatée et contretypes

 

◊ Réitérations

Cette réitération se retrouve dans les quatre photographies de traces de sol visibles dans la troisième salle de l’exposition – quatre photographies de linoléum prises devant des postes de culture cellulaire dits « poste de sorbonne » – Signes d’une activité humaine sans cesse répétée, leurs ancrages dans le sol est, pour moi, comme une empreinte de ce temps passé à réaliser inlassablement les mêmes gestes.

 

Traces d’activité de la recherche

 

Vue exposition : quatre photographies contrecollées sur dibond, 80 x 100 cm.

 

Extraits du catalogue – La recherche de l’art #6